Les conflits piétons cyclistes de plus en plus nombreux à Strasbourg résultent de la politique de la ville qui consiste à avoir admis les cyclistes, dans un premier temps dans les zones piétonnes, et dans un deuxième temps sur de nombreux trottoirs sur lesquels la délimitation entre la piste cyclable et la partie réservée aux piétons est telle qu’elle laisse souvent — pas toujours heureusement — un espace réduit aux piétons et un espace plus confortable aux cyclistes, par exemple au début de l’avenue Jean Jaurès à Neudorf, objet de l’article paru à notre initiative dans les DNA le 2 avril dernier.
Les piétons et les cyclistes se déplaçant à des vitesses bien différentes et étant ainsi appelés à se « frôler » ne peuvent que se gêner mutuellement : il en résulte de fréquents conflits qui présentent un danger manifeste pour les usagers les plus faibles que sont les piétons.
Un troisième type de conflit piétons – cyclistes est en train de voir le jour. La ville entend expérimenter des pistes cyclables sur trottoirs qui aux abords des carrefours ne sont plus matérialisées : les piétons et les cyclistes s’y partageront alors les trottoirs sans aucune délimitation. Cette mesure, qui nous a été annoncée lors d’une cellule technique de sécurité routière de la C.U.S. sans aucune concertation préalable avec « Piétons 67 » et le C.A.D.R. 67 (l’association des cyclistes), va sans doute déplaire aux piétons qui risquent encore d’en être les premières victimes : si une telle mesure est peut-être acceptable là où les piétons sont en nombre réduit, il n’en sera pas de même là où ils seront nombreux, par exemple près des écoles aux heures de rentrée et de sortie des classes. Il suffit d’aller voir l’aménagement en cours de réalisation sur l’avenue Jean Jaurès devant les écoles de la Musau à Neudorf pour s’en rendre compte : le carrefour de cette avenue avec la rue Saint-Aloïse étant désormais équipé de feux, et la piste cyclable se terminant de façon brutale avant ceux-ci, les cyclistes rentreront en conflit sur le trottoir avec les enfants (et les parents) attendant le feu rouge pour traverser l’avenue, alors qu’ils devraient rejoindre la chaussée avant le carrefour pour profiter du feu vert. Cette mesure n’est donc manifestement pas valable à l’approche des carrefours à feux (elle pourrait être rectifiée très prochainement). La revue suisse « Rue de l’Avenir » parue très récemment aborde cette problématique sous le titre « Partage des trottoirs avec les vélos : problèmes et solutions ». On y lit :
« L’autorisation des vélos sur les trottoirs passe par une démarche en quatre étapes:
- évaluation des dangers encourus par les cyclistes dans le trafic motorisé
- évaluation des conflits sur le trottoir
- détermination des mesures d’accompagnement
- mise en place des mesures d’accompagnement »
Cette analyse très poussée n’a manifestement pas été entreprise par la municipalité strasbourgeoise. En fait, cette dernière veut de plus en plus « mettre les vélos sur les trottoirs » pour laisser le maximum de place aux voitures, par exemple 2 x 2 voies sur l’avenue Jean Jaurès avec le tramway au milieu, alors que le chantier du tramway était évidemment l’occasion de réduire les chaussées de cette avenue à 2 x 1 voie.
On connaît les suites données à la démarche sur « la place de la voiture en ville » qui n’amènent rien de nouveau pour les piétons. Nous, « Piétons 67 », nous demandons que « la place des piétons en ville» ne soit pas réduite à court terme à peau de chagrin : cela en prend en effet le chemin …
