Pourquoi cette prudence de la part d’une municipalité strasbourgeoise à majorité écologique, quand il s’agit de piétonniser des places centrales, alors que, lors de la plupart des mandats précédents, plusieurs emplacements centraux avaient vu disparaître leur fonction de parking ?
Tout d’abord une mini-rétrospective
Dès 1964, nos édiles décrétaient l’interdiction du stationnement et de la circulation motorisée dans l’étroite rue des Orfèvres, au grand dam de certains riverains. Les autres piétonnisations de chaussées et de places/parkings suivront progressivement et régulièrement.
Chaque mandat municipal pourra s’enorgueillir d’aménagements presque toujours qualifiés d’ambitieuses réussites, notamment ceux réalisés sous le mandat de Catherine Trautmann. En effet, l’occasion de l’installation de la première ligne de tramway, en 1994, fut alors saisie pour rendre aux piétons d’importantes portions de voirie.
Puis l’on débarrassa de leurs voitures en 2013 (seulement en 2013 ) quelques places, dont la Place du Château. On avait enfin réalisé que les voitures sur cette dernière place faisaient offense à la cathédrale !
Depuis, presque plus rien sur et autour de l’ellipse insulaire, si ce n’est le parvis du Tribunal et le remarquable aménagement du quai des Bateliers.
Et les tribulations de la municipalité font craindre que la suppression récente d’une trentaine de places de parkings, place du Temple Neuf, pourrait n’être que provisoire, malgré des affirmations aujourd’hui rassurantes.
Obstacles à la piétonnisation
Au tournant du siècle, la reconquête de la ville par les piétons a donc été rapide, mais elle ne s’est pas faite aisément. Beaucoup de mesures limitant ou interdisant le stationnement de véhicules motorisés déclenchèrent des concerts de protestations: où donc pourrais-je me garer tout en gardant la possibilité de surveiller ma voiture depuis chez moi ? Combien de mètres aurais-je à parcourir avant de pouvoir déposer chez moi mes achats effectués dans mon hyper-marché périphérique préféré ? Combien de temps perdrais- je en accompagnant mes enfants en bas-âge ou ma grand-mère qui marche mal …? Et je vais perdre presque tous mes clients ! Et je devrais licencier tous mes vendeurs ! Et les voitures seront remplacées par des S.D.F. ! Et les jeunes s’y donneront rendez-vous pour trafiquer la vente de stupéfiants ! Tels étaient les cris d’orfraie que l’on entendait à chaque fois … et que l’on entend toujours. Certes, les mesures de restriction de la présence de l’automobile en centre- ville peuvent s’opposer à quelques privilèges, voire à quelques intérêts particuliers, ils peuvent même apporter à quelques uns certains désagréments ponctuels, mais force est de constater que le commerce et l’habitat se maintiennent assez bien dans le centre (en dépit de facteurs très défavorables qu’il serait trop long d’évoquer ici), et surtout que le centre-ville a retrouvé l’attrait qu’il avait perdu pendant la période révolue du « tout-automobile ». En effet, certaines données, certains chiffres, doivent être rappelés La nuisance automobile, longtemps sous-estimée, a été ré-évaluée. Ainsi elle serait responsable, en France, de plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre ; en ville une proportion très majoritaire des déplacements pourrait parfaitement bien s’effectuer à pied ou à vélo, car plus de la moitié des trajets en auto concerne une distance inférieure à 2 km, plus d’un tiers des voitures stationnant en ville sont des « voitures-ventouses » … Selon la toute récente étude « Baromètre des villes marchables » (réalisée par un Collectif d’Associations, en partenariat avec l’ADEME), 71% des français attendent des actions de promotion de la marche, 69% souhaitent voir les places et placettes moins encombrées, 67 % se plaignent des excès du stationnement sur les voies et places urbaines … même si seulement 28 % d’entre eux souhaitent voir davantage de verbalisations.
Nos demandes
Contrairement à la majorité des français, nous demandons davantage de verbalisations, d’ailleurs pas seulement pour les automobilistes en infraction sur les trottoirs, mais aussi, par exemple, pour les « trottinettistes-kamikazes », ou les cyclistes sans lumière. Mais, avant tout, nous demandons à nos élus de ne pas céder à la pression de certaines personnes, voire de certains « lobbies », et de persévérer dans la politique de piétonnisation de la ville, qui d’ailleurs s’accorde parfaitement avec sa volonté de « verdurisation ». Cela implique à terme immédiat l’aménagement de la Place du Temple Neuf. Cela implique, pour le très court terme, l’aménagement de la Place du Marché Neuf (directement voisine de la précédente) et de la Place Saint-Pierre-le-Jeune.
