Motos sur les trottoirs : une infraction largement tolérée

Marcher sur un trottoir devrait être simple. Pourtant, il n’est pas rare de devoir contourner une moto ou un scooter stationné là où seuls les piétons devraient circuler. À Strasbourg comme ailleurs, les deux-roues motorisés occupent régulièrement les trottoirs, les aires piétonnes ou les zones de rencontre, au point que cette pratique semble être devenue normale.

Certes, la plupart des conducteurs veillent à ne pas bloquer totalement le passage. Mais le problème n’est pas seulement de pouvoir passer. Les trottoirs ne sont pas conçus pour être partagés avec des véhicules motorisés à l’arrêt. Chaque moto ou scooter stationné sur l’espace piéton réduit la liberté de déplacement des personnes qui l’empruntent, en particulier des plus vulnérables.

Que dit la réglementation ?

Elle est claire, et elle couvre tous les espaces concernés.

L’article R417-10 du Code de la route qualifie de stationnement gênant :

« II. — Est considéré comme gênant la circulation publique l’arrêt ou le stationnement d’un véhicule :
1° Sur les trottoirs lorsqu’il s’agit d’une motocyclette, d’un tricycle à moteur ou d’un cyclomoteur, à l’exception d’un cyclomobile léger ; »

Le même article interdit également le stationnement dans les zones de rencontre en dehors des emplacements aménagés (III, 5°) et dans les aires piétonnes (III, 6°).

Cette infraction est passible d’une amende de deuxième classe (35 euros) et peut entraîner la mise en fourrière du véhicule, dont les frais dépassent largement le montant de l’amende.

Une loi plus clémente envers les motos

Il faut le souligner : pour une voiture, le stationnement sur trottoir est qualifié de très gênant (article R417-11) et sanctionné de 135 euros. Pour une moto ou un scooter, le législateur a retenu la qualification moindre de stationnement gênant, à 35 euros seulement (minorée à 22€ et majorée 75€).

Autrement dit, à Strasbourg, garer sa moto sur un trottoir coûte le même prix que de payer le forfait post stationnement, 35 euros (minorée à 17€) mais dans la réalité c’est une gêne pour les piétons avec très peu de risques de verbalisation pour le contrevenant.

Ce que dit la Ville de Strasbourg

C’est interdit, c’est sanctionnable, c’est même rappelé sur le site de la Ville de Strasbourg.

Stationnement motos

Le stationnement des motos est autorisé sur les places payantes aux mêmes conditions que celles qui s’appliquent aux autres véhicules.

Les propriétaires des motos qui n’observent pas les règles prescrites par le Code de la route en stationnant sur les trottoirs s’exposent aux sanctions prévues.

La plupart des parkings offrent des places à des tarifs très inférieurs à ceux pratiqués sur la voirie.

Autrement dit, les trottoirs ne sont pas destinés à accueillir des motos ou des scooters. Des solutions de stationnement existent, sur la voirie comme dans les parkings.

Alors pourquoi autant de deux-roues motorisés sur les espaces piétons ?

La première explication est le manque de contrôle. Une règle qui n’est que rarement appliquée finit par être perçue comme facultative. Beaucoup de conducteurs savent qu’ils ont peu de chances d’être verbalisés et prennent l’habitude de stationner sur les trottoirs sans craindre de sanction.

La deuxième raison tient à une forme de tolérance culturelle. Contrairement à une voiture, une moto ou un scooter sont souvent perçus comme peu encombrants, et leur impact sur les déplacements des piétons est minimisé. Pourtant, pour une personne aveugle, en fauteuil roulant ou poussant une poussette, un deux-roues motorisé constitue bel et bien un obstacle.

La troisième tient au barème lui-même, comme on l’a vu : une amende de 35 euros, rarement dressée, ne dissuade personne.

Enfin, une certaine ambiguïté persiste autour du stationnement des deux-roues motorisés. En 2024, la municipalité indiquait réfléchir à la mise en place d’un stationnement payant pour les motos et scooters (https://www.ici.fr/infos/transports/strasbourg-la-mairie-n-exclut-pas-de-rendre-payant-le-stationnement-des-deux-roues-motorises-4000297). Pourtant, son site internet précise déjà que le stationnement des motos est autorisé sur les places payantes aux mêmes conditions que les autres véhicules donc payant lorsque ces places sont payantes pour les autres usagers. Ces débats ne changent toutefois rien à un point essentiel : les trottoirs demeurent des espaces réservés aux piétons.

Le respect des règles

Les trottoirs, les aires piétonnes et les zones de rencontre ont été conçus pour les déplacements à pied. Ils sont déjà régulièrement encombrés par les poubelles, les panneaux publicitaires, les chevalets, les terrasses ou encore les véhicules de livraison. Sans compter les potelets qui sont là pour empêcher les voitures de stationnés mais qui réduisent encore un peu plus la place pour les piétons comme chaque obstacle supplémentaire.

Pourtant, il est possible de stationner correctement. On voit parfois des motos et des scooters garés sur des places de stationnement ordinaires, entre deux voitures. La preuve que cela est possible.

Si la Ville de Strasbourg estime que l’offre de stationnement dédiée aux deux-roues motorisés est insuffisante, rien ne l’empêche de créer davantage d’emplacements réservés. Mais en attendant, la réglementation existe et elle est sans ambiguïté : les trottoirs, les aires piétonnes et les zones de rencontre ne sont pas des espaces de stationnement pour les motos et les scooters.

Une collectivité ne peut pas, d’un côté, rappeler les règles sur son site internet et, de l’autre, laisser se développer une pratique contraire au Code de la route. Car lorsqu’une infraction est rarement sanctionnée, elle finit par être perçue comme autorisée. Et lorsqu’une règle cesse d’être appliquée, elle finit inévitablement par ne plus être respectée.

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