Les mots que nous employons influencent notre manière de penser la mobilité

Dernièrement, on m’a rendu attentif aux termes “permis vélo” et “permis piéton” que l’on trouve parfois pour parler de la formation des futurs cyclistes et piétons.

Ces « permis » sont une initiative nationale mis en œuvre par les gendarmes, les policiers, l’Association des maires de France et l’association Prévention MAIF.

Permis piéton : https://www.securite-routiere.gouv.fr/les-differents-permis-de-conduire/apprendre-tout-au-long-de-la-vie-attestations-et-2

Permis vélo : https://www.securite-routiere.gouv.fr/les-differents-permis-de-conduire/apprendre-tout-au-long-de-la-vie-attestations-et-3

Il est probable que ce terme de « permis » ait été choisi comme source de motivation pour les enfants, calqué sur le permis de conduire afin de pouvoir déclamer à la manière des adultes « j’ai réussi mon permis ! » 

L’Éducation nationale, de son côté, parle plutôt d’« attestations », qui valident une formation portant sur la connaissance des risques et des règles applicables pour chaque type d’usager (piéton, cycliste, cyclomotoriste, passager, futur automobiliste). Il s’agit notamment de l’APER à l’école élémentaire et de l’ASSR au collège.

Cependant, ces termes sont peu parlants pour les enfants : il est souvent plus motivant de dire « j’ai obtenu mon permis » que « j’ai réussi mon APER ou mon ASSR ».

Pourquoi les termes « permis vélo » et permis piéton » ne sont pas adaptés?

D’abord, parce qu’ils peuvent prêter à confusion. Le mot permis renvoie généralement à une autorisation officielle délivrée par l’État, comme le permis de conduire. Or, ni les enfants ni les adultes n’ont besoin d’un permis pour marcher ou faire du vélo. Employer cette expression peut donc laisser penser qu’il existerait une obligation administrative ou une forme de contrôle pour pratiquer ces modes de déplacement, ce qui n’est pas le cas.

Ensuite, ces termes véhiculent une vision qui rapproche la marche et le vélo du modèle automobile. Parler de “permis” suggère une logique d’habilitation ou de sanction, alors que l’objectif de ces dispositifs est avant tout l’apprentissage, la sensibilisation et l’autonomie. Il s’agit d’accompagner les enfants, et parfois les adultes, dans la découverte de l’espace public, dans la compréhension des règles de circulation et dans le développement de comportements sûrs et respectueux.

Il est donc souvent préférable d’utiliser des expressions plus justes, comme éducation à la mobilité, apprentissage du vélo, savoir rouler à vélo, ou encore éducation à la sécurité routière pour les piétons. Ces formulations mettent davantage l’accent sur la transmission de compétences et la construction progressive de l’autonomie.

Enfin, les mots que nous employons influencent notre manière de penser les déplacements. Parler d’apprentissage plutôt que de permis contribue à promouvoir une approche plus inclusive et plus positive de la mobilité active. Marcher et faire du vélo ne sont pas des privilèges accordés après un examen : ce sont des pratiques quotidiennes, accessibles à toutes et à tous, qui méritent simplement d’être accompagnées par une éducation adaptée.

Ainsi, abandonner les termes “permis vélo” et “permis piéton” permet de mieux refléter l’esprit de ces initiatives : former, rassurer et encourager, plutôt que contrôler ou autoriser.

Car on ne peut pas interdire à une personne de marcher ou de rouler à vélo et ça renvoie tout de suite à l’automobiliste.

Aujourd’hui, l’équivalent pour les cyclistes existe avec le programme « Savoir rouler à vélo » :

  • apprendre à maîtriser son vélo,
  • connaître les règles de circulation,
  • savoir circuler en autonomie.

Et pour les piétons on pourrait parler d’un dispositif du type : « Savoir se déplacer à pied »

Apprentissage des bases pour se déplacer en sécurité :

  • comprendre les règles de priorité,
  • traverser correctement,
  • lire l’espace public (pistes cyclables, zones de rencontre, etc.).

Contrairement à la voiture, marcher et faire du vélo sont des droits fondamentaux de déplacement.
L’objectif est de donner des compétences et de l’autonomie, surtout aux enfants.

Parler d’apprentissage plutôt que de permis permet de promouvoir une approche :

  • plus inclusive
  • plus réaliste
  • plus adaptée aux mobilités actives

Marcher et faire du vélo ne doivent pas être perçus comme des pratiques à autoriser, mais comme des modes de déplacement naturels, accessibles à toutes et à tous

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